L’Afrique, nouvelle priorité économique de la France – Entretien avec S.E.M l’Ambassadrice Stéphanie RIVOAL, Secrétaire Générale du Sommet Afrique-France 2020

Interview réalisée le 29 Novembre 2019

Centre Algérien de Diplomatie Economique : Bonjour Madame l’Ambassadrice, avant d’entamer le fond de l’entretien, pourriez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs ?

Stéphanie Rivoal : Nommée Secrétaire Générale du Sommet Afrique-France 2020, sur le thème de la Ville Durable, je poursuis ma carrière de diplomate après avoir été ambassadrice de France en Ouganda de 2016 à 2019 pour mon premier poste dans le Ministère des Affaires Européennes et Etrangères. Mon entrée au MEAE fait suite à 11 ans d’engagement humanitaire avec Action Contre la Faim et 10 ans de carrière dans la banque d’affaires à Londres.

Diplômée de l’ESSEC en 1993, j’ai passé dix ans en banques d’affaires à Londres chez Goldman Sachs, CAL FP (Crédit Agricole Lazard Financial Products) et JPMorgan-Chase. Je travaillais dans le domaine de produits dérivés sur actions à destination des entreprises.

En 2003, je change de métier et décide de me consacrer à la photographie. Mes travaux et ouvrages portent essentiellement sur l’identité et le retour à la dignité des personnes fragilisées par la maladie, la dépendance, la pauvreté ou l’incarcération. Je suis l’auteure de différents recueils de photographies et biographies.

En 2005, je m’engage auprès d’ACF et pars en mission au Darfour (Soudan) en tant que coordinatrice des programmes. Un engagement humanitaire que je poursuis au Liban, pendant la guerre de 2006 avec Israël, où j’ouvre la mission ACF sur place. Je suis élue présidente d’ACF de 2013 à 2016, après avoir été trésorière puis vice-présidente, j’ai été membre du conseil d’administration d’ACF de 2007 à 2016. Pendant 11 ans, je me suis engagée avec les équipes d’ACF en France et sur le terrain, dans la lutte contre la faim et pour la résolution de ses causes profondes.

CADE : Votre parcours est riche et varié, vous avez travaillé dans : la finance, l’humanitaire et la diplomatie. Comment ces différentes expériences vous aident à l’organisation de ce sommet ?

Stéphanie Rivoal : Le Sommet est conçu comme un moment qui rassemble des Chefs d’Etat, des ministres, donc la sphère du politique, des chefs d’entreprise, donc la sphère du secteur privé et des associations, des ONGs, donc la sphère de la société civile. Mes expériences professionnelles m’ont permis de travailler dans ces trois sphères, de mieux les comprendre. Elles me servent donc énormément dans l’organisation de ce Sommet, très différent, nouvelle formule.

CADE : Bordeaux accueillera le prochain Sommet Afrique-France des chefs d’Etat du 4 au 6 juin 2020 sur le thème de la ville durable, pourriez-vous nous dire quels seront ses temps forts ?

Stéphanie Rivoal : Il y en aura au moins 4. Les chefs d’Etat vont inaugurer un grand salon professionnel, la Cité des Solutions, ils vont découvrir toutes les solutions que les entreprises françaises et africaines peuvent apporter pour fabriquer des villes toujours plus durables. Seront présents aussi les membres de la société civile. Cette inauguration et la journée du vendredi 5 juin sera un grand moment. Ensuite, je dirai que le match de foot qui clôturera la journée de vendredi sera un moment de partage, de joie autour du sport. La séance plénière, qui est en cours d’élaboration, devrait aussi être un moment fort car elle sera axée sur l’avenir des relations de la France avec les pays africains ainsi que sur les suites concrètes du Sommet. Enfin, un grand concert de musiques urbaines clôturera ces trois intenses journées.

CADE : Quel impact aura un tel événement sur le développement structurel des villes africaines ?

Stéphanie Rivoal : A minima, ce sera un moment de partage d’expériences, d’écoute et de concrétisation de projets autour du sujet des villes. Entre Africains, et avec les Français. La présence des chefs d’Etat mais aussi des gouvernements locaux, des maires, de la société civile et du secteur privé est un élément essentiel du Sommet. Sans parler des institutions financières de toute nature qui rendront la réalisation des projets plus réelle.

Mais l’ambition est bien plus grande. Nous espérons que des projets structurants naîtront avant, pendant et après le Sommet, des projets concrets qui changeront la vie des habitants africains sur des sujets comme l’habitat, la mobilité, l’alimentation, l’accès aux services essentiels (l’eau, l’électricité, etc), le numérique.

CADE : A votre avis, comment le Sommet « Afrique France 2020 » peut devenir une caisse de résonnance autour des grands défis de ce siècle, notamment celui de l’écologie ? 

Stéphanie Rivoal : Après avoir visité de nombreux pays africains pour parler du Sommet, je vois un sujet récurrent en ce qui concerne les villes: des besoins énormes à gérer très rapidement. Dans un tel contexte, le sujet de la durabilité, de la protection de l’environnement et du lien social peut devenir secondaire. Je pense que le Sommet Afrique France est le bon moment pour évoquer le sujet de l’écologie dans le développement urbain, non pas comme une contrainte supplémentaire mais plutôt comme une composante essentielle. Il est tout à fait possible et il sera démontré pendant le sommet que des solutions écologiques sont possibles dans le domaine de l’habitat ou de la gestion des déchets, qu’elles ne sont pas plus chères et qu’elles procurent des bénéfices énormes.

Evidemment, les sujets de la démographie, de l’accès à l’emploi notamment par les jeunes, de l’industrialisation de l’Afrique mais aussi indirectement de l’immigration économique et de l’insécurité seront au cœur du Sommet. Les villes et les territoires, si ils parviennent à devenir ou rester attractifs pour les jeunes, peuvent permettre un ancrage humain qui sera bénéfique en premier lieu aux pays africains.

CADE : Au-delà des objectifs annoncés par l’exécutif français autour de cet événement, comment la France peut se repositionner stratégiquement sur le continent africain en se basant principalement sur des partenariats win-win ?

Stéphanie Rivoal : Lors du Sommet, la France compte envoyer un message fort: que l’Afrique est sa nouvelle priorité économique. Et qu’elle propose une méthode qui lui est propre, celle du partenariat d’égal à égal avec des projets répondant aux besoins africains, avec une société africaine et une société française à la tête du projet et un écosystème de PME françaises et africaines dans leur sillage. Un point important également, les projets franco-africains auront pour objectif la création d’emplois locaux avec des formations professionnalisantes incorporées dans le projet lui-même. A noter que les jumelages entre villes et territoires français et africains sont un atout de plus pour co-construire des projets durables.

Il s’agira au final de contribuer autant que possible à la construction de filières économiques et de filières métiers dans tous les secteurs de l’urbain. La France souhaite rester ou devenir un partenaire économique stratégique de tous les pays africains. Elle le pourra par une impulsion politique forte, une attractivité renforcée qui sera son mode opératoire spécifique. Les financements seront aussi au rendez-vous mais il faut proposer d’abord des projets concrets et attractifs. Si le projet est bon, les financements suivent.

CADE : Pour conclure, qu’attendez-vous de ce sommet des partenaires africains ?

Stéphanie Rivoal : Qu’ils répondent présents en très grand nombre. Qu’ils montrent leurs réalisations, leurs produits, leurs projets, leurs innovations, leur dynamisme. Qu’ils expriment leurs besoins et trouvent des réponses concrètes sur le Sommet. Qu’ils repartent avec des solutions et une certaine « envie de France ».

Interview réalisée par l’équipe du Centre Algérien de Diplomatie Économique .

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