Le rôle vital de l’intelligence économique pour les entreprises – Interview d’Anis Khellaf

Interview réalisée le 26 juillet 2019

Centre Algérian de Diplomatie Economique : Bonjour M. Anis KHELLAF pourriez-vous vous présenter ?

Anis Khellaf : Co-Fondateur du Centre Algérien de Diplomatie Economique « CADE », Conseiller en Intelligence Stratégique, j’ai conduit plusieurs opérations à l’international pour le compte de différents acteurs. Intervenant occasionnel en tant que formateur auprès d’institutions publiques et privées.

Mon parcours académique a été effectué principalement dans trois pays : l’Algérie (l’ESC Alger), la France (l’ESC Clermont Ferrand, le Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris, l’Ecole de Guerre Economique, l’IHEDN en tant qu’Auditeur Jeune) et les Etats Unis d’Amérique pour un Summer School à l’Université d’Harvard.

CADE : Vous êtes un spécialiste de l’intelligence économique, les stratégies d’influence et la négociation, pourriez-vous nous donner votre propre définition de l’intelligence économique ?

Pour moi, l’intelligence économique (IE) a deux définitions, une académique (théorique) et une deuxième pratique.

Définition académique de l’IE : plutôt générique, regroupe principalement le processus théorique de la démarche qui comprend : la recherche, la collecte et le traitement de l’information en vue de la transformer en renseignement économique utile aux décideurs.

Définitions pratiques : on parle essentiellement d’une démarche purement opérationnelle adaptée à chaque compagnie. Comme vous le savez, chaque entreprise a ses besoins en matière d’IE, c’est pourquoi on peut avoir autant de définitions pratique que d’entreprises.

CADE : Quel est le rôle de l’IE dans le développement de l’entreprise ?

Le rôle de l’IE dans le développement de l’entreprise se détermine par rapport à ses besoins. Il peut s’agir d’un rôle passif (uniquement de la veille), ou actif (mise en place de stratégies opérationnelles offensives et/ou défensives).

Rôle IE passif :

L’approche passive consiste principalement à faire remonter de l’information (l’actualité en général) à l’état brut pour informer les décideurs sur ce qui se passe (ou ce qu’il se dit) en temps réel sur le marché.

Rôle IE Actif :  comprend deux aspects (défensif et offensif)

IE défensive :

c’est l’ensemble des opérations effectuées pour garantir la protection de l’entreprise et de son patrimoine contre les éventuelles attaques suivantes : E-Réputation, Vol de données, Cyber attaques, fuites de cerveaux…etc.

IE offensive :

Il s’agit des différentes opérations d’attaques effectuées par les entreprises (ou leurs prestataires mandatés) pour sécuriser leurs marchés ou en conquérir de nouveaux. Dans certains contextes de guerre économique, les entreprises peuvent, par exemple créer les conditions nécessaires pour déstabiliser leurs concurrents directs et/ou indirects, mais aussi, essayer de faire disparaitre les nouveaux entrants sur le marché.

CADE : Comment voyez-vous l’évolution de la pratique de l’intelligence économique dans l’avenir proche ?

Comme vous le savez, les entreprises les plus puissantes au monde appartiennent aux Etats Forts. Je vous donne quelques exemples : USA (Google, Amazon, Microsoft, Apple, IBM, MasterCard, Coca Cola, Schneider….etc.), France (CHANEL, Total, LVMH, Renault, Peugeot….etc.), Allemagne (Volkswagen, Mercedes, BMW, SAP, ADIDAS, DHL, Siemens, Telecom Providers….etc.), Royaume Uni (Vodafone, HSBC, Shell….etc.), récemment la Chine (Alibaba, Tencent, China Mobile, HUAWEI…etc.).

Pourquoi énumérer ces exemples ? Tout simplement pour vous démontrer que lorsqu’il y a une grande synergie publique-privée (Etat-Entreprise), l’entreprise se développe et l’Etat se renforce. L’occident est tout à fait conscient de cette équation, il mobilise tous les moyens (financiers, juridiques, renseignement etc.) pour développer les entreprises. Les Etats-Unis d’Amérique en sont les leaders, très engagés dans cette optique depuis des décennies. Par ailleurs, les pays du BRICS (terme apparu pour la première fois en 2001 dans une note de Jim O’Neill, économiste de la banque d’investissement Goldman Sachs, pour parler des pays suivants : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) ont fait le choix de mobiliser beaucoup de moyens pour essayer d’accélérer leur développement et maintenir une forte croissance. Concernant les autres pays (pays du tiers monde ou en voie de développement), je pense qu’il y a encore beaucoup à faire. Je pense principalement aux pays du Maghreb, Afrique subsaharienne, une bonne partie des pays asiatiques et sud-américains.

Pour conclure, je pense que les futures guerres prendront une forme de plus en plus économique, les entreprises seront à la fois : les acteurs principaux des différents conflits, mais aussi les avants bras des Etats. L’intelligence économique prendra une importance stratégique croissante et un rôle indispensable pour tous les acteurs des marchés de demain. Les entreprises sans compétences en IE seront amenées à disparaître.

Interview réalisée par l’équipe du centre Algérien de Diplomatie Économique .

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