Le Soft power chinois en Afrique, cas du Kenya – Article de Sofiane OUBELA – Consultant en Stratégie de Communication

Article publié le 08 décembre 2019

Depuis le lancement du projet de Belt and Road Initiative (B.R.I), les médias africains comme occidentaux évoquent fréquemment l’influence grandissante de la Chine en Afrique. Néanmoins, l’étude réalisée auprès de l’opinion publique au Kenya montre que, malgré les efforts consentis, Pékin peine à s’attirer les faveurs des africains qui voient d’un mauvais œil la présence chinoise sur le continent. 

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la Chine, au travers la B.R.I n’a pas que des ambitions économiques. Ce projet planétaire, consacre aussi la politique de Soft power, initiée par le gouvernement chinois. Pour appuyer sa diplomatie économique et asseoir son statut de puissance, la Chine a déployé en Afrique, un important dispositif médiatique et culturel. Le but étant de diffuser sa vision du continent et in fine, de faire adhérer les africains, au projet de B.R.I. La chaîne de télévision, Chinese Global Television Network (CGTN) Africa, a d’ailleurs établi son siège à Nairobi au Kenya, point de chute des voies maritimes de la Belt and Road Initiative. 

Il est souvent difficile de mesurer les résultats d’une stratégie d’influence au vue de la multitude de variables existantes. Nous avons donc cherché à évaluer l’impact de cette campagne auprès des kényans, qui préfigure les opinions africaines. L’utilisation du réseau social, Twitter, comme instrument de mesure de l’opinion publique, représentait l’outil le plus direct au sens où il évite certains biais inhérents aux méthodes traditionnelles de mesure de l’opinion. Cette analyse a été complétée par des entretiens avec des experts locaux afin d’y apporter une dimension empirique sur le modèle des enquêtes sociologiques académiques. 

Un rapport différencié aux médias chinois : la fracture entre zones rurales et urbaines 

La Chine, à travers sa chaîne CGTN Africa, propose une offre médiatique bien différente de celle des médias occidentaux. Les programmes sont caractéristiques de cette volonté de dresser un portrait positif du continent afin d’améliorer l’image de la Chine et des chinois expatriés. La dimension géo-démographique est déterminante pour comprendre le rapport qu’entretiennent les kényans aux médias chinois. Ce sont les kényans situés dans les zones rurales qui regardent majoritairement la CGTN Africa. D’une part, parce que cette population ne fait plus confiance à l’occident et d’autre part, car la chaîne est gratuite grâce aux infrastructures d’accès à la télévision satellite développées par la Chine. Les grandes chaînes d’information, telles que la BBC ou CNN, sont plus regardées dans les villes. C’est effectivement, là où se concentrent les élites politiques et économiques ainsi que les populations les plus éduquées, encore très influencées par les modes de vie occidentaux.

Twitter, une plateforme élitiste qui préfigure les jalons de la contestation

L’étude et l’analyse de la twittosphère kényane a permis d’observer une majorité de tweets “négatifs” et de tweets dit “neutres”. Les tweets négatifs proviennent principalement de comptes dits génériques (citoyens, militants, journalistes etc.). Ce sont généralement les comptes médiatiques, institutionnels et ceux des influenceurs issus de l’élite économique qui font la promotion de la coopération sino-kényane. Cette faible adhésion est renforcée par le fait que, numériquement il existe peu de comptes institutionnels et médiatiques relativement aux comptes génériques. Les premiers sont très actifs de par le volume et la fréquence de publication de tweets. En revanche, Twitter, reste l’apanage des personnes les plus éduquées et provenant d’une certaine élite intellectuelle et urbaine. Ainsi, même si tous les kényans ne s’expriment pas sur la plateforme, les influenceurs militant contre la B.R.I, agissent comme des leaders d’opinion de par l’importante communauté de “followers” qu’ils fédèrent. La propagation de leurs idées sur le réseau social, devenu une source d’information privilégiée par les kényans, permet d’entrevoir les prémices de futures protestations.

La Belt and Road Initiative, une influence chinoise limitée…et dénoncée par les chinois 

La stratégie d’influence chinoise en Afrique ne semble donc pas rencontrer le succès escompté. Il y a par ailleurs, un véritable gap culturel entre les africains et les expatriés chinois renforçant ainsi la défiance à l’égard de la Belt and Road Initiative et de la Chine. Dans une étude rapportée par un journaliste de The Economist, la Chine est également confrontée à la pression des chinois eux-mêmes, également critique envers la B.R.I, qui voient dans ce projet, un gaspillage de l’argent public à destination de pays étrangers.

Article publié par l’équipe du Centre Algérien de Diplomatie Économique

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