L’objectif stratégique du CAVIE : doter l’Afrique d’une politique commune d’intelligence économique d’ici 2030 – Entretien avec M. Guy Gweth, Président du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique

Interview réalisée le 8/11/2019

Centre Algérien de Diplomatie Economique : Bonjour Guy Gweth, avant d’entamer notre interview, pourriez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs ?

Guy Gweth : En plus de présider le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Economique, plus connu sous le sigle CAVIE, je suis le fondateur et directeur des opérations de Knowdys Consulting Group, conseil en intelligence économique, due diligence et affaires publiques spécialisé sur les marchés africains. Je suis par ailleurs responsable de Doing Business in Africa à Centrale Supelec depuis 8 ans ; et depuis deux ans directeur du MBA Intelligence économique et marchés africains à l’ESG Paris. En pensée et en action, je suis foncièrement panafricaniste.

CADE : Vous êtes donc président du CAVIE, un Centre dont l’influence est aujourd’hui incontestable en Afrique subsaharienne, quels sont ses objectifs stratégiques ?

Guy Gweth : Notre sphère déborde largement les frontières de l’Afrique subsaharienne puisque nous avons des représentations en Europe et en Afrique du nord, notamment au Maroc et en Tunisie, où nous avons formé une vingtaine de chefs d’entreprises, consultants et diplomates aux métiers de l’intelligence économique aux second et troisième trimestres 2019. Nous sommes consultés, aussi bien par les entreprises du CAC 40 que par celles cotées à la Bourse de Casablanca soit pour des missions de due diligence, soit pour des études de marché dynamiques, soit plus généralement pour une lecture innovante des marchés africains. Nos missions tiennent en trois points : sensibilisation, formation et mise en place des dispositifs complets d’intelligence économique. Notre objectif stratégique est de doter l’Afrique d’une politique commune d’intelligence économique d’ici 2030 pour booster la compétitivité globale de notre continent de manière coordonnée et mesurable. Plus que jamais, nous sommes adossés à la ZLECA.

CADE : Comment le CAVIE peut participer positivement au développement des économies africaines ?

Guy Gweth : D’abord en contribuant à dresser une cartographie dynamique des risques et des opportunités auxquels nos économies sont exposées, tant au niveau macro que micro. Avant de se lancer dans la bataille, il importe de bien analyser nos forces et faiblesses, ainsi que les failles adverses. Alors que nos économies s’apprêtent à fondre dans une zone de libre-échange continentale, il est indispensable d’identifier et/ou de définir des pôles de compétitivité qui dynamiseront la croissance des échanges intra-africains tant attendue par les signataires de l’accord de Niamey.

Ensuite, en recensant et renforçant les capacités des acteurs publics et privés africains en matière de veille et d’analyse, d’influence et de contre-influence, de mémorisation et de protection du patrimoine informationnel des organisations dans un environnement travaillé par la compétition. Il ne s’agit pas seulement de méthodes et d’outils, mais aussi de mental.

Enfin, fort de ce qui précède, en mettant en place des dispositifs d’intelligence économique et stratégique complets dessinés et gérés par les acteurs locaux car c’est une aberration absolue que de confier les leviers de sa compétitivité à ceux qui sont précisément nos concurrents.

CADE : Quel est selon le niveau d’intégration de l’intelligence économique dans les pays africains ? Avez-vous des exemples ?

Guy Gweth :Il y a ce qui est documenté et de source ouverte et ce qui l’est moins, voire pas du tout. Nos investigations nous permettent, en effet, d’identifier, dans des pays tels que l’Egypte, Maurice, l’Ethiopie ou le Kenya, des politiques, des attitudes et des dispositifs qui relèvent clairement de l’intelligence économique à l’instar de la sécurité du cyberespace, mais où les officiels ne parlent que très rarement d’intelligence économique, voire jamais. Nous en tenons néanmoins compte dans nos analyses. Dans le registre de ce qui est documenté dans la littérature de recherche notamment, des pays tels que l’Afrique du Sud, le Rwanda ou le Maroc, dont l’intelligence économique est couplée à la diplomatie économique, apparaissent, en cette fin de décennie, comme ayant des niveaux d’intégration parmi les plus avancés du continent.

CADE : Comment un pays africain peut développer son propre modèle d’intelligence économique ? 

Guy Gweth : Le comment est relativement aisé au vu du triptyque que j’ai exposé plus haut : diagnostic, formation, infrastructure. En tant qu’institution panafricaine de référence, le CAVIE dispose d’une expertise qui permet de générer des modèles d’intelligence économique clé en main, ou sur mesure, en fonction des besoins. La vraie question réside dans le pourquoi. La réponse est que : l’intelligence économique participe de la souveraineté voire de la survie d’un Etat.

Interview réalisée par l’équipe du Centre Algérien de Diplomatie Économique .

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