Le climat des affaires en Tunisie et la relance économique Post-COVID-19 – Entretien avec Maître Mohamed Chorfi, Avocat en droit des affaires

Interview publiée le 15 Juin 2021

CADE : Bonjour Maître Mohamed Chorfi, pourriez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs ?

Chorfi Mohamed : De prime abord, je tiens à remercier votre prestigieux Think Tank pour cette interview. À ce propos, je suis un avocat d’affaires international basé en Tunisie.

Mon cabinet, qui est sis à Tunis, accompagne de gros mastodontes étrangers relativement à leurs besoins juridiques en Tunisie. Cela peut être du conseil, du notariat, du secrétariat juridique, du corporate et tout ce qui est contentieux des affaires.

Le cabinet croit profondément au rôle impérieux de l’avocat d’affaires en tant que partenaire de l’entreprise lui permettant d’améliorer sa gouvernance.

Vu qu’aujourd’hui, la maîtrise de l’information représente un rôle prépondérant en lien avec le métier d’avocat d’affaires, le cabinet dispose de ce fait d’un service de veille juridique pouvant permettre à des entreprises avisées une remontée de données régulière dont l’un des objectifs est de leur éviter toute conséquence néfaste découlant des certains aléas juridiques.

CADE : Aujourd’hui, comment qualifieriez-vous le climat des affaires en Tunisie ?

Chorfi Mohamed  : En Tunisie, Le climat des affaires d’un point de vue juridique est excellent. Les textes juridiques qui boostent l’investissement sont présents. Une loi révolutionnaire transversale sur l’investissement est entrée en vigueur en 2019. Les structures étatiques tunisiennes dont la Tunisian Investment Authority (TIA) et la Foreign Investment Promotion Agency (FIPA) jouent un rôle majeur dans l’accompagnement des investisseurs étrangers.

D’un autre côté, comme la Tunisie est une démocratie naissante, des difficultés relatives à l’accouchement démocratique peuvent exister. Néanmoins, la Tunisie possède les capacités lui permettant d’être considérée comme une plateforme incroyable de jonction économique entre l’Europe et l’Afrique.

CADE : Lors d’un entretien accordé à Gomet’ Media, vous aviez déclaré que la crise sévissant en Tunisie pourrait créer des espaces d’opportunités. Est-il possible de nous expliciter cela ?

Chorfi Mohamed : Dans mon entretien avec Gomet’Media, j’avais énoncé que la crise post Covid-19 et la crise de manière générale peuvent créer des espaces d’opportunités.

On pourrait dire que toute crise pourrait avoir des effets positifs, si on décidait de porter un regard constructif accompagné d’une vision prospective. Par exemple, je pense que le segment M&A (fusion-acquisition) connaîtra à terme un développement relativement important. Car ce type d’opérations deviendra une nécessité permettant de faire face aux conséquences de la crise économique post Covid-19. D’autres domaines d’activité comme l’IT (technologies de l’information) et la santé connaissent actuellement un boom extraordinaire. C’est donc une force que la Tunisie ait la batterie des textes juridiques adéquats à ses évolutions d’ordre économique.

CADE : Quel rôle pourrait-on attribuer aux avocats dans la relance de l’économie tunisienne post-Covid ?

Chorfi Mohamed : L’avocat d’affaires peut jouer un rôle important dans le cadre de la relance économique en Tunisie. À ce propos, le know how juridique et la réactivité de l’avocat d’affaires sont des éléments que tout investisseur recherche activement. La capacité analytique de l’avocat d’affaires dans le cadre de l’action qui consiste à expliquer clairement aux potentiels investisseurs le contexte juridique relatif à l’investissement en Tunisie est l’un des points importants en ce qui concerne la relance économique du pays. L’avocat d’affaires pourrait de ce fait être considéré comme un business support de l’économie Tunisienne. La rapidité et la célérité avec laquelle l’avocat d’affaires résoudra les difficultés administratives pouvant surgir devrait encourager l’investisseur étranger à s’impliquer davantage en Tunisie.

CADE : Vous dites que les entreprises tunisiennes vont devoir s’adapter et se restructurer. Est-il possible d’illustrer vos propos par un exemple pratique ?

Chorfi Mohamed : Je pourrais prendre l’exemple d’une entreprise tunisienne, qui m’a sollicitée après qu’elle ait été impactée par la crise actuelle et qui s’est trouvée dans l’obligation de changer par conséquent son business model. Dans la foulée, elle a également opéré une transformation digitale aboutissant entre autres sur la digitalisation de ses offres de service. Sur le volet stratégique, elle s’est rapprochée d’autres concurrents pour une éventuelle fusion dans la perspective d’accroitre ses capacités et de limiter les dégâts dus à la crise actuelle.

CADE : Pensez-vous que le cadre juridique existant en Tunisie soit adapté à l’aire économique post-Covid ?

Chorfi Mohamed : Le cadre juridique Tunisien en matière d’investissement est excellent mais il a besoin d’être encore peaufiné, en l’occurrence pour ce qui est de la digitalisation des entreprises et du développement de la Fintech. Cela, afin de s’adapter aux nouveaux besoins parus conséquemment au Covid-19. En outre, une amélioration plus importante des procédures de création des entreprises devra être établie dans le but de renforcer l’effort d’investissement post Covid-19.

CADE : La situation sécuritaire actuelle dans la région impacte négativement le secteur du tourisme en Tunisie (au niveau des investissements, mais aussi du nombre de touristes visiteurs), comment la Tunisie peut rassurer les investisseurs dans ce secteur ? Aussi, comment elle peut également augmenter le nombre de visiteurs étrangers ?

Chorfi Mohamed : La Tunisie dispose d’atouts considérables en matière de tourisme (un climat méditerranéen, de larges côtes maritimes, un personnel qualifié, etc). Ces différents atouts rajoutés à la compagne de vaccination contre le Covid-19 permettront de rassurer les acteurs opérant dans le secteur du tourisme en vue d’un retour espérons-le rapide en Tunisie. Par ailleurs, la stabilité de la Libye aidera à transmettre un message rassurant aux visiteurs de la Tunisie. Des améliorations du cadre juridico-réglementaire lié au tourisme sont également nécessaires pour une relance rapide du secteur.

CADE : Comment percevez-vous l’évolution des relations économiques algéro-tunisiennes dans les prochaines années ? Et, quel serait le poids d’un partenariat bilatéral consolidé dans les développements économiques post-Covid des deux pays ?

Chorfi Mohamed : Le potentiel des relations algéro-tunisiennes est colossal et cela dans tous les domaines. La volonté politique est partagée par les deux pays voisins. Une plus grande synchronisation des efforts entre ces deux nations permettra une augmentation considérable des flux d’échange entre les deux pays. Une coopération plus importante en matière de réglementation s’avère nécessaire. Face à une Europe qui cherche à diversifier ses fournisseurs, le couple algéro-tunisien pourrait bien être une alternative très sérieuse pour l’Europe.

Entretien réalisé par l’équipe du Centre Algérien de Diplomatie Economique.

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