Combattre la désinformation sur Facebook – Interview du Co-Fondateur de Fake-news DZ – Lokmane B

Interview réalisée le 9 Octobre 2019

Avant de débuter notre interview, nous précisons à nos lecteurs que l’interviewé souhaite rester anonyme.

Centre Algérien de Diplomatie Economique : Pour commencer, pourriez-vous nous présenter l’initiative Fake news DZ en quelques mots ?

Lokmane B : Le projet Fake news DZ est à ce stade, une page Facebook qui a pour but de lutter contre la désinformation et les tentatives de manipulations en Algérie. L’objectif est double, d’abord il est de démasquer les fausses informations en présentant des preuves au lecteur, mais aussi de sensibiliser quant à l’ampleur du phénomène et sa dangerosité, notamment dans le contexte politique actuel.

CADE : Pourriez-vous nous résenter votre équipe ?

Lokmane B : L’équipe est composée aujourd’hui de Nassim, informaticien de formation, il évolue dans le domaine de la sécurité informatique et Lokmane diplômé en Banque/Finance, et travaille dans un cabinet de conseil en management bancaire.

CADE : Le choix de Facebook comme vecteur de communication privilégié ne s’est-il pas imposé de lui-même ?

Lokmane B : Effectivement, au début la question ne s’est pas posée, car nous avons constaté que les algériens utilisent de plus en plus ce réseau social comme moyen de s’informer, et que souvent les Fake news qui circulent viennent des réseaux sociaux. Nous avons donc jugé pertinent de commencer ce projet sur la même plateforme pour être plus près de la population exposée à la désinformation.

CADE : Quelles sont les causes et les motivations qui sont à l’origine de la création de la page fakenews DZ ? 

Lokmane B : L’idée est venue avec le début du mouvement populaire en Algérie, où nous avons assisté à une augmentation significative des interactions sur les publications traitant de l’actualité politique en Algérie, mais ce volume important de trafic était aussi accompagné d’une vague de fake news qui polluait les réseaux sociaux et rendait difficile la tâche de déceler le vrai du faux. 

CADE : A votre avis, de quoi les fake news sont-elles le symptôme ?

Lokmane B : Les fake news (ou la désinformation en général), ont toujours existé, les motivations sont multiples, souvent elles sont politiques à travers la propagation de fausses informations dans le but de dénigrer un adversaire ou un courant opposé, ou au contraire quand on essaye d’appuyer certaines idées ou promouvoir une idéologie. Mais avec l’apparition des réseaux sociaux et l’émergence des journaux numérique, nous avons assisté à la naissance d’un nouveau moteur de la désinformation « la course aux cliques » : des fausses informations qui circulent sur internet, souvent avec un titre racoleur ou illustrées par des photos qui suscitent la curiosité du lecteur,  dans le seul but de « générer des cliques » … des cliques qui vont augmenter l’audience sur le site diffuseur de l’information et par conséquent ses revenus publicitaires.

CADE : Comment évaluez-vous la qualité et la pertinence d’une information ?

Lokmane B : Ce n’est pas toujours facile, mais il y’a des règles qui permettent de faire un premier tri, la première est de chercher toujours la source de l’information : une information émanant d’une source inconnue ou douteuse, qui ne site pas de sources à son tour, est une information à considérer avec précaution. Quand la source est citée, il faut vérifier que l’information n’a pas été déformée, Il faut aussi être attentif aux incohérences que peut contenir une information.

Sur les réseaux sociaux, des phrases comme « diffusez à tous vos contacts » ou « les médias n’en parlent pas » sont des éléments alertant sur la possibilité que le post véhicule une fausse information.

CADE : Comment se prémunir des Fakenews ?

Lokmane B : Une étude dont les résultats ont été publiés dans la revue Science estime qu’une fausse information met six fois moins de temps qu’une vraie pour atteindre 1500 personnes sur Twitter et qu’elle est 70% plus susceptible d’être partagée. Avec une telle vitesse de propagation et cette capacité à toucher du monde, rajoutant à cela la facilité qu’offre la technologie à quiconque de créer et diffuser une information, tous ces éléments font qu’à ce jour personne ne peut prétendre détenir la formule magique pour lutter contre les fausses informations, en revanche plusieurs solutions sont proposées pour réduire leurs contagions et leurs impacts. Parmi les solutions proposées, celle par exemple qui consiste à étiqueter les sources fiables et tendancieuses, reste à savoir qui décidera des étiquettes…
Par ailleurs, il y’a une autre piste plus prometteuse qui se base sur l’intelligence artificielle. Cette solution s’intéresse non au contenu mais à la façon dont il se propage, en partant du principe que les fausses informations se propagent différemment des vraies nouvelles, l’idée est donc d’identifier les caractéristiques les plus significatives des cascades de fake news et construire un modèle permettant
de les détecter. Ce projet a reçu d’importantes bourses, notamment des géants d’internet, Google et Facebook.

Interview réalisée par l’équipe du Centre Algérien de Diplomatie Économique .

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