L’art du pouvoir et le pouvoir de l’art – Article de Jean-Luc Burger, Président de Meet Art Concept

Article publié le 27 Juin 2021

L’exercice du pouvoir est, dit-on, un art ? Pour exercer le pouvoir, encore faut-il l’atteindre et le conserver. Pour cela, l’histoire nous montre que tous les moyens sont bons. Or l’art accompagne l’ascension des grands de ce monde jusqu’aux sommets, En témoignent les vestiges de Persépolis, citée royale dont l’imposante architecture et l’abondante statuaire célébrait la puissance de l’empire Perse et de ses rois

La formation des grands empires, hittite au II° millénaire, assyrien, babylonien et perse au Ier, s’est accompagnée d’une intense activité architecturale. Les souverains ont consacré des sommes considérables à la construction de nouveaux palais. Au centre du pouvoir, autour des capitales successives, dans les nécropoles royales, ce fut d’abord au service de l’éternité du roi que furent mobilisées les forces vives de l’Etat dès les périodes les plus anciennes. Il s’agissait de transcender la mort du corps humain du souverain, de lui permettre de rejoindre le monde céleste.

Avec les Egyptiens puis avec les Grecs, l’art devient un fait majeur des civilisations. Sa pratique va inspirer les philosophes, les géomètres et de grands architectes – Il va même devenir une source de la morale, une éthique.

L’art mémoire de notre temps

Tout a commencé par l’art rupestre. Ensuite, l’homme a représenté l’art de multiples façons. Les Icônes, riches en symboles, … impériale profonde éclatante, c’est le symbole du pouvoir, couleur réservée à Dieu …À l’origine, le terme icône désignait toute image religieuse, quelle qu’en soit la technique (peinture, mosaïque, orfèvrerie, tissu…).

La peinture des icônes est un art qui dépasse la frontière des cultures. Il est universel et trouve ses racines dans la tradition de la fin de l’Antiquité. En découvrant les principales techniques de cet art, nous nous plongeons dans un voyage spirituel qui pour aller à la rencontre de soi-même.

Dès ses débuts, les chrétiens furent en contact étroit avec la culture de Rome. Quant aux Romains, c’est sous l’influence de la culture grecque, qu’ils développèrent un art religieux. De plus, dans l’Orient hellénistique les portraits des souverains faisaient l’objet d’un culte. Caligula rendit même ce culte obligatoire. Mais chez les Romains, l’image joue aussi un rôle important. Au tribunal, si l’empereur était absent, il était représenté par une image ou une statue.

En Orient, le tapis est doté d’un riche symbolisme, ainsi que d’une dimension abstraite qui, se soustrayant aux contraintes du temps et de l’espace, s’éloigne de tout engagement social pour atteindre l’universel. La présence des symboles repose sur une dynamique réflective, selon laquelle « c’est dans ce qui est le plus inférieur que se reflète le plus élevé. »

En Europe, Gustav Klimt réalise des peintures sur fond d’or avec un vrai pouvoir hypnotique. L’œuvre de Warhol montre bien la spécificité des icônes : ce ne sont pas les spectateurs qui regardent les icônes mais ce sont elles qui les regardent. Un pouvoir a investi ce type d’images.

La nature des images que nous trouvons dans les nouveaux médias, sur les smartphones et les réseaux sociaux rappelle celle des icônes religieuses. Pensons au selfie !  La société occidentale s’est forgée une catégorie d’images à travers l’actualité, la publicité et ses nouvelles formes auxquelles nous adhérons parfois sans réfléchir.

L’art, symbole de la connaissance

1,681803398875 … Ce nombre fascine. On le voit partout, dans la philosophie, la spiritualité, l’art, l’économie, et… dans les mathématiques. Ce nombre est le Nombre d’Or, il est pouvoir et symbole de la divine proportion.

La découverte du Nombre d’Or remonte à la plus haute antiquité. A la Renaissance, Luca Pacioli, un moine franciscain italien, la met à l’honneur dans un manuel de mathématiques et la surnomme « divine proportion » Un excellent exemple du Nombre d’Or est représenté dans la grande pyramide de Chéops (2800 av JC). Il s’agit d’une pyramide régulière à base carrée dont le rapport entre la hauteur d’une face triangulaire et la moitié du côté de sa base soit égal au Nombre d’Or. On peut se demander comment les bâtisseurs des pyramides ont fait pour respecter à la seule force de leurs bras une telle régularité des formes et des mesures.

Le nombre d’or se retrouve dans de nombreux domaines. La peinture est l’un des domaines d’études les plus vastes du Nombre d’Or. Des artistes l’ont employé de manière volontaire ou non ; parmi eux des artistes très connu tel que Leonard de Vinci, Botticelli, Géricault, etc… Le Nombre d’Or est une proportion sur laquelle s’appuient différents artistes pour la création de leurs œuvres que ce soit sous forme d’art, de peinture, de photographie, de musique et d’architecture, disciplines dans lesquelles on retrouve la nature, l’arithmétique et la géométrie

Tout l’art du bon architecte consiste à faire de son temple le reflet exact d’un corps humain harmonieux. C’est d’ailleurs aux membres du corps humain qu’ont été empruntées, bien avant notre système métrique, toutes les unités de mesure utilisées en architecture.

Les mathématiques sont un art fait de rigueur, d’abstraction et de vérité. Des savants tels qu’Al Khawarizmi, Abul Wafa, Ibn Al Haïththem ou Omar Al Khayyam et tant d’autres allaient à leur tour illuminer la civilisation arabe à partir du IX° siècle. Ils feront connaître à l’Occident, l’art, le nombre et la mesure arabes (à la fin du X° siècle, Gerbert recueillit les chiffres et le système décimal). Art et abstraction mathématique caractérisent les expressions multiformes de l’art classique chez les Arabes, épris et d’ordre et de méthode, jusque dans l’imaginaire et la rigueur de son expression.

L’art au service du pouvoir

En Afrique, les souverains du Danhomè ont perçu l’intérêt que présentait l’art pour l’affirmation de la grandeur de leur royaume. Ils ont fait des guerres pour capturer des artistes de grande renommés originaires des pays voisins.

D’après les légendes, Houégbadja introduisit le tissage au Danhome, après avoir conquis un village dont les habitants enterraient leurs morts dans des couvertures. Sous Glélé, le chef des tailleurs Yémaddjé avait un atelier de 130 brodeurs et apprentis. C’est le roi Agonglo qui aurait eu l’idée de faire découper les motifs et de les appliquer. Sous son règne, se développa le tissage. Les teinturiers étaient aussi les géographes du roi. Ils étaient envoyés avant les guerres et les attaques dans la région « ennemie » pour élaborer des cartes de campagne.

Pieter Bruegel l’Ancien est l’un des peintres les plus populaires de tous les temps. De son vivant, il bénéficia de la protection du plus puissant homme d’Etat de son pays, et après sa mort, les Habsbourg d’Autriche réunirent entre leurs mains, la plupart de ses peintures. Connu pour ses œuvres décrivant des scènes populaires pleines de fraîcheur et d’humanisme et ses grandioses paysages, l’artiste et sa vie demeurent pourtant un mystère.

Le masque sculpté (objet cultuel en Afrique et objet d’art en Occident) est uni à une force impalpable nous donne la signification du symbole. Il possède un pouvoir surnaturel qui intervient ; il bouge, parle impose son rythme, ses rites et fait bouger une communauté qui va se rassembler pour vivre un grand moment d’exaltation. Paul Ahyi, désigner du drapeau Togolais a su montrer le pouvoir de ses ancêtres qu’il a rejoint récemment. L’artiste a dessiné une maison sculptée, vivante qui, sous ses airs modernes, dévoile la tradition des dieux et des ancêtres d’Afrique.

Au Mexique, sur les murs et les monuments de Mexico s’étalent de gigantesques fresques colorées. Le muralisme mexicain, nait quelques années après la révolution de 1910. Il prétend donner une vision de l’Histoire à toutes les composantes du peuple, par le biais d’un art naïf accessible à tous. Le peuple semble mieux lire les images que les mots. La peinture a eu pour objectif de réunifier le peuple.

Les rapports entre l’Art et Pouvoir 

Depuis l’Antiquité, ce sont surtout les autorités et les élites politiques qui ont favorisé la création artistique. Elles sont les principaux commanditaires des œuvres d’envergure et, à ce titre, les premiers mécènes.

Pour les puissants, l’art est un instrument de prestige, pour les artistes, les commandes des souverains ont longtemps été la source de financement de leur art. Si l’art se dresse aujourd’hui régulièrement contre le pouvoir, il a été instrumentalisé dans l’Histoire par les pouvoirs politiques et religieux pour dévoiler leur puissance et leur autorité. L’art et le pouvoir entretiennent des rapports tout à la fois féconds et complexes. Entre l’indispensable soutien aux artistes et l’instrumentalisation de leur talent, où passe la frontière ?

Le pouvoir selon la première définition associer au pouvoir politique et l’art sont parfois des notions contradictoires ou en tout cas opposées. Le pouvoir politique peut censurer l’expression artistique pour diverses raisons, de même qu’il peut l’instrumentaliser à son avantage. L’art peut être un outil de contestation, d’argumentation ou de lutte. D’où l’attention portée par les pouvoirs politiques aux expressions artistiques.

Un des exemples les plus récurrents mettant en évidence les liens entretenus par l’Art et le Pouvoir, reste sans doute celui du Château de Versailles. C’est probablement la résidence royale la plus étincelante d’Europe par sa taille et la richesse de ses décorations (matériaux, formes, symboles, couleurs).

L’art étant une expression culturelle, sociale et politique ; cela peut être un outil qui peut donner un certain pouvoir à l’artiste. Il peut être un outil de contestation, d’argumentation ou de lutte. La transmission de messages spécifiques (de contestation par exemple) et la possible influence de l’art sur le public en font un outil puissant.

L’art du peintre congolais Cheri Samba né en 1956 interpelle : Il met en scène les faits de société qui dérangent, mœurs, sexualité, maladie (sida), inégalités sociales, corruption, et expose ses tableaux sur la façade de son atelier pour transmettre ses messages à la population kinoise qui a pris l’habitude de venir commenter l’actualité.

Les liens entre art et pouvoir ne semblent pas évidents tant on aimerait croire que la création artistique est indépendante de toute influence extérieure.

Le pouvoir se sert des images, des signes pour renforcer son influence. Les artistes sont fréquemment sollicités pour renforcer l’image du pouvoir. En France, au siècle des Lumières, on observe l’émergence d’artistes engagés, qui prennent position, témoignent, dénoncent et utilisent leur art et leur talent au service d’une cause. C’est le cas de Voltaire, qui dans son Traité sur la tolérance (1763).

Cependant, c’est surtout avec le XXe siècle et ses innovations artistiques que la conception de l’art change.  Il permet à l’artiste de s’émanciper du pouvoir et d’exercer librement.

L’art est-il vraiment de l’art et peut-on réellement le définir ? ou peut-on encore parler de pouvoir ? Dans l’art contemporain, n’importe quoi peut devenir de l’art. Dans certaines situations, l’artiste puise dans le monde qui nous entoure les objets de son élection. Comme dans le ready-made de Duchamp, l’objet quelconque est réhabilité au point qu’aucune indication perceptuelle ne se manifeste. Il est difficile d’expliquer la différence entre l’objet banal et l’objet d’art.

Pouvoir, Art et Religion ne sont-ils pas indissociables ? L’art va contribuer à mélanger intimement le sacré et le profane. Le tableau de Véronèse « Les noces de Cana » met en scène le Christ et la Vierge lors du 1er miracle de Jésus (au cours du repas, le vin vient à manquer : Jésus fait un miracle en transformant l’eau en vin) En fait, il s’agissait pour Venise de célébrer sa propre gloire ?

Si l’art contribue au pouvoir, c’est sans doute parce qu’il détient lui-même un pouvoir, voire plusieurs. L’art est indispensable à la société. Les créateurs et les artistes ont pour vocation d’attirer l’attention du public à se poser des questions sur son environnement et à réfléchir sur ce celui-ci. Grâce à l’art, la société va comprendre et avoir un regard plus poussé sur son quotidien.

L’art contribue à un monde meilleur 

La mosaïque inspirée du tableau de Norman Rockwell « La règle d’or », représente des personnes de toutes origines, convictions et couleurs avec dignité et respect. La mosaïque porte une inscription signifiant « Comporte-toi avec les autres comme tu voudrais qu’ils le fassent avec toi. ». Lorsque deux individus de cultures différentes se rencontrent, l’interaction semble la plus appropriée pour enrichir la rencontre

Par ailleurs, les artistes ont toujours été préoccupé par les conflits dans le monde. Picasso soulignait, « L’art est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi » Après Guernica de 1937, la toile exprime son opposition à la guerre. Il met l’accent sur l’horreur et l’absence totale de liberté. Marc Chagall est un peintre qui a été témoin des deux guerres mondiales. A travers sa peinture, il évoque la mort, les blessures, l’exode et les villages en flammes.

Les artistes de guerre ont joué un rôle important en immortalisant les conditions, les émotions des civils et militaires et les événements de l’époque. Ils ont également été en mesure de saisir les nombreux aspects de la guerre qu’aucun appareil photo ne pouvait saisir. Au niveau artistique, c’est avant tout une lutte intellectuelle et morale qu’ont mené les écrivains et les peintres : combattre avec les mots, survivre grâce aux arts, et surtout témoigner.

Ainsi, lorsque Delacroix peint « la liberté Guidant le Peuple », il ne se contente pas de restituer un moment de la Révolution, mais il crée la figure d’une république en marche vers la victoire, ou d’un peuple uni de tous âges et de toutes conditions sous la bannière de la liberté.

Si l’art ne peut pas changer le monde, il peut changer notre vision du monde. … L’art est un champ de recherche et de création à part entière, capable de promouvoir une nouvelle vision du monde. L’art peut ouvrir la voie à la science, Il change le monde et l’homme, mais le processus de transformation est lent. Si on doit donner à l’art une fonction, c’est de questionner le monde, nous surprendre, ébranler notre façon de voir les choses, pour penser un avenir différent, et pourquoi pas meilleur ?

Les arts nous aident à comprendre les différentes cultures et à communiquer avec des personnes appartenant à des cultures différentes, en dépit des obstacles linguistiques et autres, en allant au-delà des mots.  L’art n’est-il pas ce qui cimente le mieux les idées et les peuples ?

L’art a deux valeurs : il donne du plaisir, le plaisir de la curiosité ; ensuite, il élargit le champ de la liberté. L’art est un champ de recherche et de création, il rend visible, l’invisible.

Le droit des artistes de s’exprimer librement est-il menacé ? Ces menaces peuvent aller de la censure à l’emprisonnement, aux menaces physiques. L’art a un pouvoir extraordinaire d’exprimer la résistance, la protestation et l’espoir. Il apporte une contribution essentielle à toutes les démocraties.

Les nouvelles tendances du marché de l’art

Les marchés, vivement secoués par la crise sanitaire, laissent apparaître en filigrane de nouvelles tendances. Qu’en est-il du marché de l’art ? Mêlant investissement et plaisir, l’art comme actif n’a pas été délaissé, bien au contraire. Les entreprises peuvent même défiscaliser, sous certaines conditions, les acquisitions leur permettant de soutenir les artistes, dans le cadre du développement du mécénat.

L’explosion du prix des œuvres d’art

Le marché de l’art mondial a profondément changé en une dizaine d’années, avec un boom des collectionneurs stars. De nouveaux riches, de la Russie à la Chine en passant par l’Inde, l’Indonésie, Singapour, le Brésil, le Mexique ou les pays du Golfe, rivalisent avec les milliardaires européens ou nord-américains dans cette « Ruée vers l’art », titre d’un film récemment sorti en salles. « L’art est devenu depuis cinq ans l’un des meilleurs placements financiers » déclare dans ce long-métrage James R. Hedges IV, à la tête d’un fonds spécialisé. Véritables amateurs, spéculateurs, hommes d’affaires en quête d’un supplément d’âme ou d’un statut social à travers l’art, les profils des collectionneurs divergent. Mais, vu la mise de fond de ces nababs de l’art, difficile de penser qu’ils négligent le retour sur investissement possible… Indépendamment des musées, certains collectionneurs ont les moyens de valoriser leurs œuvres dans des écrins n’ayant rien à envier aux structures publiques, avec leurs fondations.

Un coup de marteau en forme de coup de tonnerre

Une œuvre d’art numérique est vendue 69,3 millions de dollars par la maison d’enchères Christie’s. L’acheteur n’a rien reçu de physique.  La vente record d’une œuvre de Beeple marque le premier pas vers une toute nouvelle ère de la vente d’art, qui pourrait inclure de plus en plus d’œuvres numériques protégées. Depuis plusieurs mois, des objets digitaux de collection connaissent un succès fulgurant auprès d‘amateurs de sports, d’art ou de musique. Plus précisément, il s’agit d’« actifs digitaux non fongibles » (NFT, pour « non fungible tokens » en anglais). Le travail virtuel de l’Américain Beeple, encore inconnu du grand public, s’est envolé pour une somme jamais atteinte.  « Nous assistons au commencement d’un nouveau chapitre dans l’histoire de l’art », a commenté l’artiste qui devient le troisième artiste vivant le plus cher du monde. Il s’agit d’un objet numérique de collection dont l’authenticité et la rareté – ainsi que la propriété et l’échange de valeur sont rendus possibles par la technologie blockchain.

La plupart des objets numériques « NFT » peuvent être achetés avec de la cryptomonnaie, Le marché du NFT pourrait-il atteindre le milliard de dollars en 2021 ? En réaction au désenchantement généralisé de notre époque, les arts prennent la relève de la magie, remplacent la religion et se rapprochent de la philosophie. Face au scandale éthique permanent de nos sociétés, ils recourent à une esthétique interrogative et vont contribuer à mettre au monde un autre monde.

L’art est-il visionnaire ?

Présentation de l’Auteur : Jean Luc Burger

  • Président de MEET ART CONCEPT.
  • Collectionneur et expert en Art africain.
  • Ecrivain, conférencier et chercheur sur le thème de l’animisme africain, Jean Luc est un humaniste invétéré, qui prêche le rapprochement des peuples et l’amour de l’humanité.
  • Il s’est fait une spécialité de tous ce qui a trait à la culture.

Dossier Exclusif pour le Centre Algérien de Diplomatie Economique.

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