L’importance de la Monétique et des TIC dans les développements économique et bancaire en Algérie. Article de « Imed CHEIKH », membre du Club D’Alger, enseignant, banquier-économiste.

Article publié le 20 Décembre 2020

« L’instauration d’un système de paiement électronique efficient et primordial pour les pouvoirs publics algériens », c’est ce qu’a déclaré la GIE monétique Algérie. [1]

En effet, cette technologie va faire apparaitre des opportunités extraordinaires ainsi que des échanges commerciaux de plus en plus dématérialisés. Néanmoins, celle-ci pourrait bien inquiéter quant aux risques en matière de cybercriminalité pesant et sur les biens des particuliers et sur ceux appartenant aux entreprises. 

Le paiement électronique est étroitement lié aux TIC (Technologies de l’information et de la communication). Cependant, avant d’évoquer l’importance de la monétique, en Algérie, il est utile de donner au préalable une image globale sur les TIC, lesquels sont devenues une partie intégrante de notre quotidien via les Smartphones, internet, la téléconférence, les satellites, … avec des applications multiples touchant à tous les secteurs d’activité que ce soit la finance, la santé, l’éducation, l’économie, les transports, la défense, etc.

  • L’étendue de l’intégration des TIC en Algérie : 

Même s’il existe une intention déclarée de l’Algérie de devenir un pivot régional des services en matière de TIC, l’Algérie a cependant obtenu la 76e place mondiale, en 2019, d’après ce qui a été avancé par l’APS [2]. Ce progrès doit certes être encouragé mais reste néanmoins modeste au regard des atouts humains, stratégiques et financières que possède l’Algérie. Malgré les capacités stratégiques de cette-dernière faisant d’elle une puissance régionale, l’Algérie demeure toujours aux prémices du développement en matière d’économie de marché et de maîtrise des TIC.

Face aux défis de la mondialisation, l’Algérie est aujourd’hui obligée de s’ouvrir à l’économie mondiale. Cela devrait nécessairement passer par son positionnement régional ; son rôle pivot au sein du Grand Maghreb, qui pourrait être consolidé par sa capacité à acquérir les innovations technologiques de demain. Les vainqueurs dans cette guerre économique vont crayonner l’architecture des forces géopolitiques s’acheminant vers un nouvel ordre mondial mené par ceux qui sauront maitriser l’intelligence artificielle et les Big Data. La maitrise des nouvelles technologies est l’un des aspects majeurs qui vont trancher dans les futurs conflits économiques.

Beaucoup ont sans doute remarqué l’orientation du gouvernement depuis l’arrivée du nouveau président vers la fin 2019. Une orientation qui met le curseur sur le développement des nouvelles technologies et des startups, lesquelles sont indéniablement primordiales dans la concrétisation de la vision stratégique liée à l’Algérie de demain.

Si les TIC ont envahi beaucoup de domaines, en Algérie, elles ont en outre modifié le comportement du consommateur. Cela après 20 années d’évolution en commençant par l’adoption de loi n°2000-03 du 05 août 2000, qui fixe les règles relatives à la poste et aux télécommunications, remplacée par la nouvelle loi n° 18-04 de 2018, une bonne intention qui vient s’ajouter au programme de numérisation lancé, en 2008, jusqu’en 2013, ayant comme appellation « e-Algérie 2013 » ; un programme qui avait pour objectif de passer à la digitalisation de toutes les structures civiles de l’Etat et de ses services publics afin de pouvoir contribuer à la croissance économique du pays à travers la fluidification des procédures administratives et l’allégement des processus bureaucratiques.

  • Monétique en Algérie : Une réalité imposée par la mondialisation 

Le paiement électronique est un moyen permettant d’effectuer des transactions incluant professionnels et particuliers pour des échanges de biens et de services sur internet ou par le biais de tout autre réseau sécurisé.

La monétique est née de deux inventions : La carte et le lecteur de carte ;  

Le système de monétique a évolué avec le temps pour inclure de nouvelles technologies telle que la carte à puce, qui a fait en sorte que les paiements bancaires soient simplifiés pour les consommateurs et les commerçant.

La monétique est restée en retrait pendant plusieurs années jusqu’à récemment où on observe des changements significatifs dans le comportement du consommateur, qui est devenu « Anytime, Anywhere, Anydevice » ; un consommateur hyper-connecté, que ce soit au bureau, chez lui, dans les transportes, etc. Ce nouveau comportement a obligé les organismes concernés à revoir le fonctionnement de la monétique pour apporter de nouveaux services adéquats au présent profil de leur clientèle.

Les nouveaux moyens de paiement, en Algérie, s’articulent surtout autour de la carte CIB à travers un réseau de paiement interbancaire, qui se compose de banques publiques et privées gérées par la GIE Monétique, laquelle intervient pour la régulation du système de monétique.

Le développement du système de monétique, en Algérie, a commencé par l’installation du premier Distributeur Automatique de Billets (DAB) en 1997. Ensuite, en 2005, s’est établie la première opération de paiement en ligne sur TPE et depuis, octobre 2016, le paiement sur internet est officiellement opérationnel. D’ailleurs, on voit se développer de plus en plus le commerce en ligne intimement lié au progrès réalisé sur le système de monétique.

En septembre 2020, la GIE monétique a recensé environ 3 369 892 de transactions depuis le lancement de l’e-paiement, en 2016. Des transactions rattachées en grande partie aux services de télécommunication [3]. Le nombre de transactions en ligne, sur l’année 2020, a de loin dépassé celui enregistré durant les 4 années précédentes entre 2016 et 2019 (cela est visible sur le tableau consultable à travers le lien [3] se situant en fin d’article). Pourtant les moyens mis en place par les banques sont les mêmes qu’avant 2020. La tendance liée au paiement en ligne a été accélérée en cette période de crise sanitaire. D’ailleurs, cet état de fait témoigne de l’impact du COVID-19 sur le comportement du consommateur.

Cette crise pandémique a donc mis en lumière l’importance de la technologie au sein du système bancaire, à l’image des difficultés rencontrées par le consommateur algérien, en 2020, impactant le paiement des salaires, une activité commerciale atone, etc. Il apparait évident que certaines problématiques inhérentes à cette crise sanitaire auraient pu être mieux gérées, si on avait atteint les objectifs escomptés en ce qui concerne le système de monétique.

Il est temps que la GIE monétique et la SATIM développent d’autres services tel que le porte-monnaie électronique et le paiement sans contact. L’évolution des moyens de paiement est bien engagée et son objectif est d’aller vers plus de digitalisation. Le développement des pratiques ainsi que des réseaux domestiques et internationaux sont indispensables à l’évolution du commerce en ligne. Le M-paiement (paiement mobile), qui s’effectue notamment par l’échange des unités de communication mobile, est une pratique qui pourrait largement se développer, en Algérie, à l’instar du Kenya, un pays où l’équivalant de 50% de la population n’utilise plus d’argent liquide.

  • Qu’est ce qui ralentit l’évolution de la monétique en Algérie ?

On sent que l’évolution du paiement électronique, en Algérie, n’échappe pas à la lenteur qui touche l’économie. Parmi ces symptômes on trouve :

  1. L’économie clandestine : Une économie Algérienne dominée par l’informel qui trouve un terrain favorable au détriment de l’économie l’égale.
  2. La culture du cash : L’argent liquide domine le marché algérien au détriment des moyens de paiement électroniques ou scripturaux, ce qui rend difficile la traçabilité et l’identification des flux financiers. Le recours aux moyens de paiement autres que le cash pourrait pour ainsi dire gêner les personnes qui voudraient s’enrichir illégalement en faisant obstacle à certains actes malveillants tel que le blanchiment, la contrebande, l’évasion fiscale, etc.  
  3. Le manque de structure : Un déploiement de réseau qui reste largement insuffisant en termes de plateformes DAB, TPE, sites marchands … par ailleurs, le taux de couverture relatif aux agences bancaires par nombre d’habitants reste minime.
  4. Le système bancaire : le taux de bancarisation demeure assez faible principalement à cause du manque de confiance des algériens quant à leur système bancaire.

La Banque Extérieur d’Algérie (BEA), leader dans le commerce extérieur, s’est engagée à être la locomotive de l’internationalisation des banques algériennes à travers sa direction générale mais également l’ensemble de ses employés.

La fonction que j’occupe au sein de la BEA m’a permise d’être en contact direct avec le client final. De par mon travail au quotidien, je n’ai pu que remarquer cette réticence des algériens à adopter le service bancaire. Pour moi, deux acteurs pourraient être mis en cause :

  1. L’Etat (en externe) de par sa responsabilité de concevoir un écosystème favorable se traduisant tout simplement par la mise en place: D’un réseau internet adéquat avec un débit sans interruption. D’un système de sécurité protégeant les transactions et les infrastructures vitales. D’un système juridique couvrant l’ensemble des mécanismes bancaires.
  2. Le chargé du front office (en interne) : Les banque sont appelées à assumer leur rôle de catalyseur dans la promotion de ces nouveaux modes de paiement notamment par le biais du chargé de clientèle. Un poste qui fait partie des fonctions que j’ai moi-même exercées dans mon historique professionnel. J’ai de ce fait observé qu’au niveau de ce service on n’exploitait pas pleinement les moyens mis à notre disposition par la banque. En outre, je pense que le chargé de clientèle pourrait représenter une fonction commerciale à caractère stratégique pour l’Algérie dans le cadre de l’attractivité de son système bancaire. 
  • Le devenir des banques Algériennes :

Je pense que dans un futur relativement proche, il n’y aura plus de place pour les banques qui auront manquer le virage décisif de la technologie. Sans implémentation immédiate d’un environnement technologique adapté au secteur bancaire algérien, celui-ci se verra vite être dépassé par ces évènements structurels avec tout ce que cela implique comme impacts sur le potentiel de croissance mais également sur la non compréhension des changements impactant les interactions entre les clients et leur banque.

Sur le plan des ressources humaines, ce processus de dématérialisation touchant la banque algérienne va sans nul doute faire apparaitre de nouveaux métiers liés au numérique, ce qui devra nécessairement aboutir sur la maitrise de nouvelles compétences. Il va falloir mettre en place un important dispositif de conduite du changement pour accompagner les femmes et les hommes à travers le chemin menant à l’acceptation d’un progrès technique plus que souhaitable. Un plan de formation adapté devra aussi voir le jour en vue de qualifier les collaborateurs concernés directement ou indirectement par ces changements de nature technologique. 

On peut donc regarder les banques comme une courroie de transmission dans le cadre des difficultés économiques que traverse actuellement l’Algérie. Cette courroie va sans doute transmettre en un temps réduit ces difficultés aux autres ponts de l’économie algérienne. Il faudra en conséquence dans une optique de résolution de problèmes chercher les solutions à appliquer au secteur bancaire. Ces solutions peuvent entre autres se traduire par l’adoption des nouvelles technologies.

D’autre part, la « fintech » qui est un terme né de la fusion entre les deux termes « finance » et « technologie » fait référence au startups considérées comme des nouveaux entrants venant concurrencer les banques traditionnelles, à l’exemple de « PayPal » qui est un porte-monnaie virtuel de plus en plus utilisé dans le paiement en ligne. En revanche cette fintech est moins bien armée que les établissements bancaires classiques pour lutter contre les phénomènes de fraude.

Pour finir, la transformation de la monnaie dite électrum vers l’électron illustre bien le changement que revêt notre monde. Toutes ces transformations que nous vivons aujourd’hui ont un jour commencé par une idée qui s’est transformée en innovation avec toutes ces répercutions relativement importantes sur nos modes de vie professionnels et personnelles. Du troc à l’or, en passant par la pièce de monnaie et le papier, ce processus historique nous mène présentement aux monnaies dématérialisées que sont la monnaie électronique et virtuelle. La banque se trouve à l’évidence au cœur d’une étonnante histoire de dématérialisation de la monnaie.

Liens pointant vers les références bibliographiques : 

[1] https://giemonetique.dz/qui-sommes-nous/gie-monetique

[2]  http://www.aps.dz/sante-science-technologie/99102-adoption-des-tic-en-2019-l-algerie-realise-de-nouveaux-progres

[3] https://giemonetique.dz/qui-sommes-nous/activite-paiement-sur-internet/

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